Le Soudan est loin de retrouver sa carte géographique ancienne. Enlisé dans une guerre civile sanglante depuis le début de l’année 2023, le pays vient de franchir un nouveau cap dans la division politique et territoriale. En effet, le samedi 26 juillet, les Forces de soutien rapide (FSR), qui est un groupe paramilitaire dirigé par le général Mohammed Hamdan Daglo, ont annoncé la création d’un gouvernement parallèle dans les régions qu’elles contrôlent. Cette décision entérine de fait une partition de facto du Soudan, et vient aggraver une crise politique déjà dramatique.
Mohamed Hassan Al-Ta’ayshi a été Premier ministre d’un gouvernement baptisé « gouvernement de paix et d’unité ». Ancien membre du Conseil souverain de transition entre 2019 et 2021, Al-Ta’ayshi est une figure politique connue, déjà impliquée dans les processus de transition qui avaient suivi la chute d’Omar el-Béchir. Son retour aux affaires, sous l’égide des FSR, marque un tournant dans le positionnement des forces en présence.
Il est important de reconnaitre que cette annonce des FSR fait à la charte politique conclue en février 2025 à Nairobi avec plusieurs groupes armés et civils qui leur sont alliés. Elle compte formaliser l’autorité des FSR dans les vastes régions qu’elles dominent, en l’occurrence la majeure partie du Darfour à l’ouest et plusieurs zones du Kordofan, au centre-sud du pays. En instaurant un gouvernement structuré, avec un Premier ministre et un conseil présidentiel, les FSR entendent affirmer leur légitimité politique autant que militaire.
Le conseil présidentiel est composé de quinze membres et présidé par le général Daglo. Parmi les figures clés de ce nouveau pouvoir parallèle figure Abdelaziz Al-Hilu, chef rebelle influent dans le sud du pays, nommé vice-président. L’autre nomination notable qui saute à l’œil est celle d’El-Hadi Idris au poste de gouverneur du Darfour. Par ailleurs, cette décision pourrait intensifier les tensions puisque le Darfour est déjà gouverné par Minni Arko Minawi, un ancien chef de milice désormais allié à l’armée nationale. Du côté des forces armées soudanaises, dirigées par le général Abdel Fattah Al-Bourhane, la réaction à cette annonce reste prudente. Depuis plusieurs semaines, l’armée a repris le contrôle de Khartoum et maintient son autorité sur le nord, l’est et le centre du pays. Elle continue de se présenter comme la seule entité gouvernementale légitime, soutenue en cela par une partie de la communauté internationale.
Par ailleurs, l’exécutif reconnu à l’étranger, dirigé par Kamil Idris depuis mai, peine à s’imposer sur le terrain. Trois postes ministériels restent toujours vacants, et le gouvernement lutte pour asseoir son autorité dans un pays divisé. L’émergence de ce gouvernement dit de « gouvernement de paix et d’unité » de challenge à relever pour que le Soudan retrouve sa stabilité. Soulignons que cette rupture institutionnelle est la conséquence directe de l’éclatement de l’alliance entre l’armée et les FSR, qui avaient orchestré ensemble le coup d’État d’octobre 2021 contre le gouvernement civil de transition. Depuis, les deux anciens partenaires sont devenus des ennemis acharnés, se livrant une guerre impitoyable pour le contrôle du pays. La population civile, elle, continue de payer le prix fort de cette lutte de pouvoir, avec des milliers de morts, des millions de déplacés, et une crise humanitaire sans précédent.
La voie de dialogue mise en mal
La décision des FSR de créer un gouvernement parallèle sème d’embuches sur la voie du dialogue national tant souhaitée. Les différentes fractions politiques entretiennent une rivalité institutionnelle. Toute chose qui ne présage d’une paix dans le pays. Dans ce contexte, la communauté internationale se retrouve face à un dilemme stratégique: continuer à soutenir un gouvernement central affaibli ou tenter d’ouvrir le dialogue avec des entités de facto puissantes mais non reconnues. Pour l’heure, les Soudanais ordinaires restent pris entre les feux croisés d’ambitions politiques divergentes dans un pays où l’État de droit laisse à désirer.
Par Issifou Mohamed