À moins de trois mois de l’élection présidentielle prévue le 25 octobre 2025, le président ivoirien Alassane Ouattara a officiellement annoncé sa candidature à un nouveau mandat. Dans un discours solennel, retransmis à la télévision nationale ce mardi, 29 juillet 2025, le chef de l’État a justifié sa décision par les nombreux défis auxquels la Côte d’Ivoire est actuellement confrontée.
« Après mûres réflexions, et en toute conscience, je vous annonce aujourd’hui que j’ai décidé d’être candidat à l’élection présidentielle du 25 octobre 2025 », a déclaré le président Ouattara lors de son adresse directe aux concitoyens. C’est une annonce attendue depuis plusieurs semaines, alors que les spéculations allaient bon train depuis sa reconduction, en juin dernier, à la tête du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP). Le président ivoirien, âgé de 83 ans, a expliqué que sa décision reposait sur des considérations constitutionnelles, personnelles et surtout conjoncturelles. « Oui, je suis candidat parce que la Constitution de notre pays m’autorise à faire un autre mandat et ma santé le permet », a-t-il précisé. Mais au-delà du droit et de la forme, c’est la situation actuelle du pays qui a motivé ce choix. Il a mis en avant les défis sécuritaires, économiques et monétaires auxquels la Côte d’Ivoire est confrontée, insistant sur le besoin d’une gouvernance expérimentée.
« La menace terroriste grandit dans la sous-région, et les incertitudes économiques au niveau international constituent un risque pour notre pays. C’est une réalité que personne ne peut nier et que je ne peux ignorer », a averti le président sortant. Selon lui, l’instabilité régionale, combinée aux effets d’une économie mondiale sous tension, nécessite une continuité dans le leadership.
Alassane Ouattara a également évoqué sa vision pour la Côte d’Ivoire, affirmant vouloir préserver la paix et la prospérité du pays. Il s’est engagé à entamer, s’il est réélu, un processus de transition générationnelle au sein de l’exécutif. « Ce nouveau mandat sera suivi de la transmission générationnelle avec l’équipe que je mettrai en place », a-t-il annoncé, suggérant ainsi une volonté de préparer l’après-Ouattara au sein du RHDP et au sommet de l’État.
Conscient des critiques que pourrait susciter sa candidature, le président a tenu à rappeler son attachement à la parole donnée. Il a reconnu que son engagement initial était de ne pas se représenter, mais a expliqué que « le devoir peut parfois transcender la parole donnée de bonne foi ». Il a insisté sur son serment présidentiel : « À l’occasion de ma prestation de serment, j’ai pris l’engagement de servir la Côte d’Ivoire, de la protéger et de veiller à l’unité nationale. » Cette candidature ne manquera pas de raviver les tensions avec l’opposition, qui dénonce ce qu’elle qualifie de « quatrième mandat » et conteste sa légalité. Pour les opposants au régime, la Constitution ne permet pas une nouvelle candidature du président en exercice, malgré l’argument juridique avancé par le pouvoir selon lequel le changement constitutionnel de 2016 aurait remis les compteurs à zéro. Sa volonté de faire plus de mandats que prévus, se renforce chaque qu’il finit les cinq années à la tête du pays. Élu une première fois en 2010, puis réélu en 2015 et en 2020, Alassane Ouattara se lance donc dans une nouvelle course présidentielle. Alors que le pays se prépare à un scrutin à fort enjeu, l’annonce de ce mardi marque un tournant politique majeur. Reste à savoir si la stabilité prônée par le président suffira à convaincre une population de plus en plus exigeante, et une opposition résolue à contester ce qu’elle perçoit comme une dérive du pouvoir. Vivement que la paix règne dans ce pays qui a été beaucoup éprouvé par les violences postélectorales de 2010.
Par Jean AKUESON